Lettre d’une inconnue

Auteur: Stefan Zweig
Dans Romans et nouvelles
Titre original : Brief einer Unbekannten
1ère édition : 1922
Ma note :

Résumé personnel :
Un écrivain célèbre reçoit une lettre de la part d’une femme inconnue qui lui déclare son amour. Au fil des pages il découvrira la passion dévorante d’une enfant, d’une jeune fille, puis finalement d’une femme qu’il n’a jamais réellement connue, et qui a traversé sa vie sans qu’il en ait pleinement conscience.

Mon avis :
La nouvelle commence par un court passage concernant l’écrivain et la lettre. Celui-ci la découvre en même temps que nous. Le nouvelle se compose donc principalement de cette lettre. Son auteur, une femme dont on ne saura jamais le nom, raconte l’amour qu’elle voue à cet écrivain depuis son enfance. La lettre couvre donc une quinzaine d’années, période durant laquelle l’inconnue a développé et entretenu une obsession pour cet homme qui ne la connait pas. D’attachement infantile son sentiment à son égard s’est transformé au fil des années en amour pur et désintéressé, puis en passion dévorante. Littéralement habitée par cet homme, l’inconnue raconte son effacement par rapport à la vie. Ne vivant que pour lui et par lui, elle renoncera à toute ce qui fait une vie de jeune fille. Elle refusera tout attachement définitif, entièrement dévoué à l’amour de sa vie qui continuera d’ignorer son existence jusqu’à la fin. Son récit délivre une vérité terrible, celle d’une vie détruite, d’une femme-fantôme qui n’a vécu qu’à travers cet homme, tenu à distance par les événements, son style de vie, et surtout par son ignorance des faits. Car l’inconnu amoureuse ne dévoilera jamais ses sentiments à l’homme qu’elle aime, elle gardera le secret jusqu’à la veille de sa mort. Elle n’avouera jamais qui elle est, ne sera jamais reconnue par l’écrivain dont elle parvient malgré tout à être une maîtresse parmi d’autres par deux fois. Jamais reconnue, jamais aimée, elle garde pourtant le silence pour ne pas être irrémédiablement rejetée. On est tout d’abord attendri par cet amour inconditionnel et secret, cette dévotion quasi-mystique, puis son comprend à quel point cette inconnue est dangereusement névrosée, au point de gâcher sa vie, ses amours et son équilibre. Si l’on ne sort ému de cette lecture, on ne peut qu’être inquiet par rapport à ce genre de sentiment, mêlé de masochisme, de soumission, et qui tient plus de l’obsession que de l’amour sincère. Les lecteurs romantiques y trouveront une sublime histoire d’amour, les autres le cruel récit d’une obsession stérile et vaine.

L’ornière

Auteur: Hermann Hesse
Titre original : Unterm rad
1ère édition : 1906
Ma note :

Quatrième de couverture :
Pourquoi lui avait-on ” inoculé l’idéal vulgaire et creux d’une ambition sordide et épuisante ” ? Ainsi s’interroge le héros de Hermann Hesse, Hans Giebenrath, un adolescent aux dons et à l’intelligence exceptionnels mais que le protestantisme et des méthodes d’enseignement impitoyables et orgueilleuses vont broyer sans remords. Hans ressemble comme deux gouttes d’eau à l’écrivain. Comme lui, il éprouve une attirance pour la nature, l’évasion et le rêve, et la nostalgie du monde lumineux d’autrefois. C’est un artiste. Il est aussi de la race des rebelles et des exaltés qui refusent l’embrigadement, l’insertion forcée dans un cadre de vie. Récit bouleversant et pathétique, encore empreint d’un certain romantisme, L’Ornière (1906) symbolise le drame et la détresse de l’” incompréhension “.

Mon avis :
Ce roman bucolique et poétique nous relate les espérances et les ambitions que des adultes nourrissent envers un adolescent paisible et rêveur. Hans prend à son compte cet arrivisme forcené, et suit ce qui semble être son destin d’élève supérieurement doué et intelligent. Malgré un avenir apparemment tout tracé Hans prendra un autre chemin, plus tragique, poussé par sa nature profonde et sans en avoir vraiment conscience. C’est joliment écrit, agréable à lire, et bien qu’un peu triste et pessimiste la fin est logique et inévitable.