Pauline

Auteur : George Sand
Titre original : Pauline
1ère édition : 1839
Ma note :

Quatrième de couverture :


” Pauline était vêtue de brun avec une petite collerette d’un blanc scrupuleux et d’une égalité de plis vraiment monastique. Ses beaux cheveux châtains étaient lissés sur ses tempes avec un soin affecté ; elle se livrait à un ouvrage classique, ennuyeux, odieux à toute organisation pensante : elle faisait de très petits points réguliers avec une aiguille imperceptible sur un morceau de batiste dont elle comptait la trame fil à fil. La vie de la grande moitié des femmes se consume, en France, à cette solennelle occupation. “

Mon avis :

Je ne connais pas vraiment le style de Sand, ni ses romans. Toujours est-il que j’ai découvert le récit court et cruel de la vie médiocre d’une provinciale. Pauline rêve, et Pauline jalouse Laurence, belle actrice, auréolée de gloire et de célébrité. Pauline, c’est nous, ancrés dans nos habitudes, à vouloir à tout prix sentir les lumières et les considérations glisser sur notre peau, avant de hurler secrètement de nos brulures. Ce portrait un peu amer de cette provinciale dévorée de principes, c’est toujours un peu nous quand nous nous disons que nous aussi, si nous avions eu les opportunités, nous aurions réussi. Le texte est écrit simplement, la nouvelle se lit d’une traite, comme ça, dans un après-midi pluvieux. On doute de l’amitié, on plaint Pauline et on la déteste en même temps, tout en se doutant au plus profond de nous que l’on tient plus d’elle que de l’autre, image d’une parfaite réussite et d’une intégrité exemplaire. Traversée par un jeu subtil d’écho et de symétries, cette nouvelle oppose deux portraits de femmes, tout à fait antithétiques, et qui se détruisent l’une l’autre par leur coexistence.Il s’agit d’une histoire de l’échec et des espoirs déçus, une chronique soudaine et douce-amère d’un lien humain qui se fissure, et d’un réel aveuglement. On pourrait cependant reprocher à cette courte nouvelle un certain manichéisme, par cette opposition systématique entre personnage positif et personnage négatif. Reste que le portrait dressé est intéressant, George Sand inaugurant par là les représentations de la province et de son marasme, inventant alors le néologisme de “provincialisme“.

Pour terminer cette courte note – difficile de parler longuement d’une nouvelle de 110 pages -, un extrait de Pauline :
“Le soir, Laurence était partie. Pauline avait pleuré en la voyant monter en voiture, et, cette fois, c’était de regret, car Laurence venait de la faire vivre pendant trente-six heures, et elle pensait avec effroi au lendemain. Elle tomba accablée de fatigue de son lit, et s’endormit brisée, désirant ne plus s’éveiller. Lorsqu’elle s’éveilla, elle jeta un regard de morne épouvante sur ces murailles qui ne gardaient aucune trace du rêve que Laurence y avait évoqué. Elle se leva lentement, s’assit machinalement devant son miroir, et essaya de refaire ses tresses de la veille. Tout à coup, rappelée à la réalité par le chant de son serein, qui s’éveillait dans sa cage, toujours gai, toujours indifférent à la captivité, Pauline se leva, ouvrit la cage, puis la fenêtre, et poussa dehors l’oiseau sédentaire, qui ne voulait pas s’envoler. ‘Ah ! tu n’es pas digne de la liberté ! ‘dit-elle en le voyant revenir vers elle aussitôt
.”

Nana

Auteur : Emile Zola
1ère édition : 1880
Ma note :

Quatrième de couverture :
Zola brûlait d’écrire Nana. “Je crois que ce sera bien raide. Je veux tout dire, et il y a des choses bien grosses. Vous serez content de la façon paternelle et bourgeoise dont je vais peindre les bonnes “filles de joie”. En fait de joie, l’actrice, Nana, dévore les hommes, croque les héritages et plonge les familles dans le désespoir. Belle et prodigue, elle mène une danse diabolique dans le Paris du Second Empire, le Paris des lettres, de la finance et du plaisir. En se détruisant elle-même, elle donne le coup de grâce à une société condamnée, détestée par Zola. Neuvième volume de la série des Rougon-Macquart, Nana est le plus enivrant d’érotisme et de passion déchaînée. (édition Le livre de Poche)

Mon avis :
Révélée au Tout-Paris par une fantaisie mythologique du théâtre des Variétés, Nana commence à faire son chemin dans la haute société du second Empire, enflammant les désirs et déchaînant les passions. Après elle, tous les lambeaux pourrissants d’une vieille société qui se meurt. Le personnage de cette jeune femme est représenté dans toute sa richesse, avec ses ambitions et ses emportements, ses calculs et ses contradictions. Fille des bas-fonds, elle semble mue par une véritable rage de destruction une fois parvenue aux plus hauts rangs de l’échelon social. Elle se plaît à casser tout ce qui peut passer entre ses mains blanches, brisant les hommes comme de simples sucriers de porcelaine. Pourtant, Zola ne cesse de l’affubler du qualificatif de “bonne fille” et nous répète souvent qu’elle n’est pas fondamentalement méchante. Nana est finalement comparée à une mouche d’or : “mouche de soleil, enveloppée d’ordure“. C’est clinquant et triste, cette histoire de jeune fille qui, inconsciemment, se jette avec fureur dans ce beau monde auquel elle n’appartient pas et le pourrit, sans même le faire exprès, en criant son innocence.
Par son histoire et celle des personnages alentours – hommes qui la poursuivent et autres filles du milieu, Zola nous donne à voir une décadence en marche, la ruine d’une société dont les pilliers sont depuis longtemps vermoulus. Dans un long flot de descriptions étudiées, de dialogues truculents où la distinction côtoie le vulgaire, l’auteur fait se frôler deux mondes que tout oppose : une vieille élite mourante, figée et dévote face à un peuple de petits artistes et de courtisanes qui s’échelonne du plus bas souillon à la cocotte de luxe. Et finalement, ce que l’on tire de tout cela, c’est que sous les masques court le même relent de pourriture, des plus vils quartiers aux grands hôtels particuliers.

Il y a tout de même quelque chose qui, personnellement, m’a gênée tandis que je suivais la trajectoire – pour le moins chaotique- de Nana : c’est la signification que Zola veut lui donner. En effet, on sent les théories naturalistes arriver de très loin pour expliquer l’énergie destructrice mais inconsciente de cette jeune femme. La théorie du Roman expérimental est élaborée alors que Zola est en pleine écriture de Nana : les deux ouvrages paraissent la même année, en 1880. Aussi sent-on assez fortement une volonté didactique et moralisatrice de la part de l’auteur, non pas dans la trame même du roman, à laquelle on se laisse prendre assez facilement, mais dans l’explication du comportement des protagonistes, plus ou moins explicitement. Dans l’article que Fauchery consacre à Nana, il la compare à une mouche d’or“: “une fille, née de quatre ou cinq générations d’ivrognes, le sang gâté par une longue hérédité de misère et de boisson, qui se transformait chez elle en un détraquement nerveux de son sexe de femme. [...] Avec elle, la pourriture qu’on laissait fermenter dans le peuple, remontait et pourrissait l’aristocratie.Le narrateur ne dit franchement rien mais, quelques chapitres plus loin, la comparaison est reprise, cette fois-ci à son compte.

Il faut faire un tant soit peu attention avec ce type de romans : Zola est un très bon écrivain, et avec lui, tout lecteur peut se laisser prendre au jeu très très facilement : intrigue prenante, rebondissements incessants, dialogues vivants, etc. Cependant, faire de Zola un grand romancier qui nous décrit la société du second Empire est insuffisant voire dangereux : il ne s’agit pas de ne plus se laisser prendre au jeu de la narration, mais juste d’avoir à l’esprit l’idéologie qui peut se cacher derrière les allusions faites par le narrateur et certains de ses personnages. Cela est valable pour toute la série des Rougon-Macquart, sans doute de plus en plus au fil des livres. Il ne faut pas oublier que si Zola choisit d’illustrer la trajectoire d’une famille, c’est non seulement pour montrer la vie au second Empire mais aussi pour illustrer des théories scientistes portant sur l’hérédité. Ici, si Nana est si destructrice pour tout le monde, si inconsciente, c’est parce qu’elle vient d’une famille où a régné l’alcoolisme et qu’elle se venge de tout ça, à son insu. A la limite, les lecteurs modernes que nous sommes pouvons choisir une grille de lecture “psychologisante” pour expliquer cette attitude : ici, l’auteur utilise des prédispositions environnementales et physiques.

Malgré cela, Nana demeure un roman très intéressant, soigneusement documenté et agréable écrit, assez vivant malgré la rigidité du cadre naturaliste. C’est assez fou de voir que l’on peut réaliser de très bons livres en partant de quelque chose de fondamentalement faux et même quelque peu malsain. Cela étant, on peut louer Nana pour son foisonnement romanesque et pour la force des images que l’auteur emploie, pour nous décrire la beauté factice et brillante des apparences comme la pourriture des corps et de la société de 1870.

Contes de la bécasse

Auteur: Guy de Maupassant
1ère édition : 1883
Ma note :

4ème de couverture :
Le Maupassant des grands jours, des histoires assez lestes qui, dans la veine de Boule de suif, évoquent des paysans trousseurs de filles, de plantureuses noces normandes, des quincailliers de province que le démon de midi pousse à d’infructueuses tentatives de viol dans des compartiments de chemin de fer. Mais aussi ” La Peur “, ” La Folle “, le Maupassant qui en quelques pages touche le fond du coeur humain dans ce qu’il a de plus pitoyable ou cruel. Il n’est guère de portraits de la haine comparables à celui qui dans ” Saint-Antoine ” oppose un soldat allemand et un fermier du pays de Caux, et ” la Rempailleuse ” est peut-être la plus belle histoire d’amour que Maupassant ait jamais écrite.

Mon avis :
En dix-sept contes Maupassant nous dresse un portrait de son époque. Une étude sur les hommes, les femmes, les pauvre, les riches, et les relations entre tout ce petit monde. Certains contes sont cruels, d’autres émouvants, drôles ou poétiques.

Le tout dans une Normandie plus vraie que nature, racontée dans un style agréable et coloré, aux dialogues souvent savoureux.

  • Ce cochon de Morin : rencontre amoureuse et légèreté de l’être
  • La folle : la guerre, l’homme, et sa cruauté
  • Pierrot : un chien victime la bêtise humaine
  • Farce normande : humour normand lors d’un mariage pittoresque
  • Les sabots : mœurs et amours au temps des maîtres et servantes
  • Aux champs : la misère et la tentation

et bien d’autres…

On peut lire l’ensemble des contes sur Wikipédia

Extrait :

Chez le vieux baron des Ravots qui ne pouvait plus chasser, une coutume existait, qu’on appelait le ” conte de la bécasse”. Lorsque chaque convive avait dégusté son oiseau, le cérémonial voulait qu’après avoir graissé toutes les têtes, le maître de maison tirât au sort celui qui seul aurait le privilège de s’en régaler. “L’élu du hasard croquait le crâne suiffé en le tenant par le nez et en poussant des exclamations de plaisir. Et chaque fois les dîneurs, levant leurs verres, buvaient à sa santé. Puis, quand il avait achevé le dernier, il devait sur l’ordre du baron, conter une histoire pour indemniser les déshérités.

Illusions perdues

Auteur : Honoré de Balzac
1ère édition : De 1837 à 1843
Ma note :


Résumé

Lucien est poète. Il vit à Angoulème avec sa famille et son ami David Sechard, imprimeur.
Lucien tombe amoureux de Madame de Bargeton. Celle-ci l’invite dans ses soirées mondaines, afin qu’il puisse présenter publiquement ses recueils. Un jour, cette dame lui propose de monter à Paris, où il pourrait se faire connaître et devenir célèbre.
Malheureusement, arrivé dans la Capitale, Madame de Bargeton, la belle pimbêche, lui fait comprendre qu’elle ne veut plus le voir. Etant donné que Lucien ne fait pas partie de la bourgeoisie parisienne, il rencontre vite des difficultés financières et donc il lui est difficile de « bien paraître ». Pour tenter de sortir de ce cercle vicieux, il va devenir journaliste et gagner un peu d’argent avant la sortie de son livre. Finalement, c’est fauché qu’il doit revenir à Angoulême où la situation de sa famille s’est grandement dégradée. A cause de ses dépenses, sa famille et David Séchard ont dû faire face à beaucoup d’ennui…

Mon avis :
Classique de la littérature française, ce roman dépeint les moeurs sociales de l’époque. Ce roman est bien représentatif de l’écriture de Balzac : longues phrases, longues descriptions qui transmettent des connaissances encyclopédiques des thèmes abordés.
Pour les lecteurs peu familiarisés avec ce genre d’écriture, il est peut-être mieux de découvrir cet auteur avec des romans plus courts, pour ne pas être découragés dès le départ. Mais ce roman reste tout de même un incontournable.

Madame Bovary

Auteur : Gustave Flaubert
1ère édition : 1857
Ma note
Résumé

Voici un grand classique (ou plutôt romantique, si on parle du genre) incontournable, qui n’est pas barbant à lire (pour les plus réticent…)
Emma est une jeune femme, nourrie de romans à l’eau de rose où sont mis en scène des histoire d’amour, des drames, et une fin à la « ils vécurent heureux et eurent plein d’enfants… »
Et c’est justement ce genre de vie qu’elle espérait avoir en épousant Charles Bovary. Une vie trépidante, romantique à souhait, une passion débordante… Malheureusement, sa vie conjugale ne se passe pas vraiment comme elle l’imaginait. C’est juste une petite vie toute simple, mais pas comme on en lit dans ses romans préférés. Elle va donc tout mettre en oeuvre pour en changer et la rendre plus intéressante à ses yeux… mais faut-elle le bon choix ?

Mon avis
Ce roman raconte la vie d’une femme qui ne fait pas la distinction entre la vie et la fiction. Pour elle, le rêve fait partie de la réalité quotidienne, et bien évidemment, elle ne comprend pas pourquoi sa vie ne se déroule pas comme dans ses bouquins. Ce qui ressort de ce flou entre la « vraie vie » et le fiction, est bien sûr de la souffrance et de la tristesse.
Je vous conseille vivement ce bouquin, car il en est de ceux qu’on ne peut pas ne pas lire!

Le tour du monde en 80 jours

Auteur : Jules VERNE
1ère édition : 1873
Ma note :


Résumé
L’histoire débute à Londres, où vit un certain Philéas Fogg. De nature peu expansive et très poctuelle, notre personnage a une vie réglée comme du papier à musique. Passepartout, « majordome » français, entre au service de Fogg avec un grand enthousiasme. Après de longues années mouvementées, il est heureux de trouver une certaine stabilité auprès de cet homme. Malheureusement pour lui, un soir, alors que Fogg rentre de son Club, il apprend qu’ils sont en partance pour le tour du monde. Suite à une discussion, Fogg a pris le pari de faire le tour du monde en 80 jours.

Mon avis :
Ce roman fait partie des grands classiques de Jules Verne. À travers cette aventure, il est difficile de passer à côté de la passion de l’auteur pour tout ce qui a trait à la technologie et à la science. Transportés autour du monde, l’auteur décrit de nombreux moyens de locomotion parfois « habituels », parfois hors du commun. Le rapport au temps tient le lecteur en haleine et le suspense est alimenté jusqu’à la dernière page.
C’est une chouette aventure, qui donne envie d’en découvrir bien d’autres.

Pauline

Auteur: Alexandre Dumas
1ère édition : 1838
Ma note :

4ème de couverture :
« Vous vous réveillerez dans un caveau où nul n’est descendu depuis vingt ans, et dans lequel, d’ici à vingt ans peut-être, nul ne descendra encore. N’ayez donc aucun espoir de secours, car il serait inutile. Vous trouverez du poison près de cette lettre: tout ce que je puis faire pour vous est de vous offrir une mort prompte et douce au lieu d’une agonie lente et douloureuse. Dans l’un et l’autre cas, et quelque parti que vous preniez, à compter de cette heure, vous êtes morte. »

Pauline (1838) est un des premiers romans de Dumas, où Monte-Cristo se trouve en germe. C’est un livre qu’il a écrit seul, et qui se déroule de son temps. La fiction brode sur les thèmes du roman gothique, en « noir », nuit, cottage en ruine, sentes perdues, passages secrets, brigands impitoyables, héroïne enterrée vivante, substitution de cadavres.

Pauline fait face à un bourreau mystérieux, « homme fatal». C’est le roman d’une jeunesse déboussolée qui tente de se faire une place dans une société mesquine.

Mon avis :
Alors que la moitié de la blogosphère vient de lire ce livre dans le cadre du club des bloggueuses, j’ai pris l’idée chez Pauline, qui l’avait lu et apprécié. Ayant dévoré avec joie et bonheur Le Comte de Monte-Cristo vers 13 ans, son billet m’avait donné envie de lire à nouveau cet auteur prolifique. Dix-neuf ans plus tard, il était temps !

On nage ici en plein romantisme, légèrement teinté de gothique, où l’amour et l’action se partagent le récit. Dumas, le premier narrateur, rapporte le récit de son ami Alfred de Nerval. Ce dernier lui explique les circonstances qui l’ont amené à rencontrer Pauline, ainsi les conséquences de cette rencontre. Au milieu de tout cela, Pauline confie à Alfred les événements précédant cette rencontre. Une mise en abîme donc, pour parler clair et technique. Jeunesse et innocences malmenées, amours déçues, trahisons, duels et crimes parsèment cette histoire plaisante, facile et rapide à lire. Trop rapide à lire, hélas. Heureusement, Dumas a beaucoup écrit, et notamment des pavés…

Le Diable amoureux

Auteur: Jacques Cazotte
1ère édition : 1772
Ma note :


Quatrième de couverture :

Lorsque don Alvare évoque Béelzébuth dans les ruines du palais Portici, le démon apparaît sous les traits d’une hideuse créature. Mais l’audacieux Alvare, vite maître de sa terreur, réduit le spectre à l’état d’esclave et en use comme Aladin de son génie. Sous les traits d’une sylphide, la créature n’a désormais plus rien de diabolique. Biondetta ! Comment rêver femme plus désirable, à la fois innocente et perverse, tourmentée et abandonnée ? Imposture ou magie, cette aventure qui se déroule en plein carnaval de Venise présente toutes les facettes d’un divertissement amoureux.

Mon avis :
Le diable amoureux est un très court roman, agréable à lire. Premier récit fantastique français il date de 1772, et semble a priori être une banale histoire de coeur, d’amours difficiles, de jalousies et de rivalités. L’ensemble est un résultat étrange, entre réalisme et fantastique. De nombreux auteurs s’en seront par la suite inspirés. Sympathique.

Le tour du monde en 80 jours

Auteur: Jules Verne
1ère édition : 1872
Ma note:

Résumé :
Phileas Fogg, un gentleman anglais, fait un pari : celui de faire le tour du monde en 80 jours. Mais c’est sans compter sur les nombreuses péripéties et contretemps que lui et son domestique vont connaître durant leur périple.

Mon avis :
Je n’avais encore jamais lu un seul Jules Verne. La honte ! Il était donc temps de m’y mettre, car c’est quand même un précurseur de la SF ! Et je ne suis pas déçue par cet illustre visionnaire et talentueux conteur. Les aventures de Phileas Fogg sont rocambolesques, dépaysantes et pleines de surprises. Jules Verne décrit des personnages à la psychologie bien définie, Phileas Fogg est le type même de l’anglais excentrique et flegmatique, Passepartout est le français dégourdi, Fix le détective obstiné. Notre anglais “sans nerfs” tente de gagner le pari de parcourir le monde en 80 jours. Une occasion pour l’auteur de faire l’inventaire des moyens de transports de l’époque, alors en expansion, et d’ébaucher une peinture rapide de différentes cultures rencontrées par les protagonistes durant leur voyage. Chemin de fer, bateaux de commerce ou paquebot, traîneaux, éléphant, voitures, toutes les inventions de la révolution industrielle et les moyens plus classiques sont bons pour gagner le pari insolite et impossible. Fogg, imperturbable, suit son itinéraire avec conviction, tandis que de multiples contretemps vont jouer en sa défaveur, jusqu’à ce qu’il trouve une parade efficace, pour la plus grande stupéfaction de son fidèle Passepartout. Sauvetage d’une jeune hindoue sur le point d’être sacrifiée, attaque du train par les Sioux, Fogg pisté par Fix qui le prend pour un voleur, l’anglais parvient malgré tout à poursuivre sa route. C’est drôle, énergique, intelligent, agréable à lire.

“On ne connaissait à Phileas Fogg, ni femme ni enfants,- ce qui peut arriver aux gens les plus honnêtes -, ni parents ni amis, – ce qui est plus rare en vérité.”

“Passepartout eut comme une sensation d’humidité autour de la prunelle. Son maître avait fait un pas dans son cœur.”

“Quant à voir la ville il n’y pensait même pas, étant de cette race d’Anglais qui font visiter par leur domestique les pays qu’ils traversent.”

Une Vie

Une Vie, MaupassantAuteur: Maupassant
1ère édition : 1883
Ma note :

Jeanne est une jeune fille naïve et sans expérience de la vie à qui, volontairement, on a tout caché pour la protéger. Lorsqu’elle rencontre Julien, c’est l’amour fou, ils ne tardent pas à se marier. Jeanne découvre alors la vie amoureuse: ses mystères mais surtout, ses désillusions.

Un récit qui n’a rien d’antique ou de dépassé. Certaines problématiques actuelles s’y reflètent agréablement: éducation sexuelle, trahisons amoureuses, relation mère-enfant… Et, à cette couche très contemporaine, s’ajoute un regard historique et très critique sur la condition de la femme au XIXème.

Le roman est doté d’un indéniable pessimisme que les amoureux avertis tendront cependant à nommer “réalisme”.

Extrait

Jeanne et Julien sont en Corse pour leur voyage de noces. Ils sont seuls, dans une nature sauvage, près d’une source naturelle.

[…] Et comme elle savourait la fraîcheur de l’eau, il lui prit la taille et tâcha de lui voler sa place au bout du conduit de bois. Elle résista; leurs lèvres se battaient, se rencontraient, se repoussaient. Dans les hasards de la lutte, ils saisissaient tour à tour la mince extrémité du tube et la mordaient pour ne point la lâcher. Et le filet d’eau froide, repris et quitté sans cesse, se brisait et se renouait, éclaboussait les visages, les cous, les habits, les mains. Des gouttelettes pareilles à des perles luisaient dans leurs cheveux. Et des baisers coulaient dans le courant.

Soudaine Jeanne eut une inspiration d’amour. Elle emplit sa bouche du clair liquide, et, les joues gonflées comme des outres, fit comprendre à Julien que, lèvre à lèvre, elle voulait le désaltérer.

Il tendit sa gorge, souriant, la tête en arrière, les bras ouverts, et il but d’un trait à cette source de chair vive qui lui versa dans les entrailles un désir enflammé.

Jeanne s’appuyait sur lui avec une tendresse inusitée; son coeur palpitait; ses seins se soulevaient; ses yeux semblaient amollis, trempés d’eau. Elle murmura tout bas : “Julien… je t’aime!” et, l’attirant à son tour, elle se renversa et cacha dans ses mains son visage empourpré de honte.

Il s’abattit sur elle, l’étreignant avec emportement. Elle haletait dans une attente énervée; et tout à coup elle poussa un cri, frappée, comme de la foudre, par la sensation qu’elle appelait. […]