De grandes espérances

Auteur: Charles Dickens
Titre original : Great expectations
1ère édition : 1861
Ma note :

Résumé :
Orphelin, le jeune Pip est élevé par une sœur violente et un beau-frère aimant et tendre. Destiné à devenir forgeron comme lui, il nous raconte quelques aventures de son enfance, comment il aida un forçat évadé, sa rencontre avec l’excentrique miss Havisham et sa fille adoptive Estella. son destin sera bouleversé par un mystérieux bienfaiteur décidé à faire de lui un gentleman. Sa nouvelle condition le conduira à Londres, où il mènera une vie dépensière, le cœur rempli de grandes espérances nourries par sa fortune inespérée.

Mon avis :
C’est à chaque fois une véritable délectation que la lecture d’un Dickens, mais là, ce roman dépasse mes espérances. Pip nous raconte sa vie depuis environ l’âge de sept ans, alors qu’il tombe sur un forçat évadé qui le pousse par intimidation à l’aider à trouver des vivres. Terrifié, Pip s’exécute, non sans passer par différents états psychologiques, le peur, la culpabilité, la soumission. On le découvre dans un environnement peu propice au bonheur. Sa sœur, qui se vante de l’élever “à la main” ne lui manifeste aucune tendresse. Le mari de sa sœur, Joe, forgeron de son état, lui apporte soutien, amitié et affection, mais n’est pas plus apte à se défendre que lui. Amené à rencontrer la curieuse miss Havisham et sa troublante fille adoptive, Pip sera vite fasciné par cette dernière, d’une beauté et d’une froideur égales. Ouvertement méprisé par Estella, il nourrira néanmoins pour elle un amour solide, sincère et durable. Le roman se scinde en deux principales parties. La seconde débute alors que Pip apprend d’un homme de loi qu’un mystérieux bienfaiteur souhaite le voir installé à Londres afin de parfaire son éducation et devenir un gentleman. Pip commence alors à nourrir de grandes espérances. Le jeune homme, une fois sorti de l’environnement de son enfance et de la pauvreté, verra son bien-aimé Joe d’un autre œil, toujours aimant, mais un peu honteux de son ignorance et de son manque d’éducation. Pip, déjà plus instruit que le forgeron, aura conscience de cet écart, et cette prise de conscience éveillera en lui un fort sentiment de culpabilité. Désormais libre, il se lie d’amitié avec le fils de son répétiteur, devient dépensier, s’offre un valet à qui il a du mal à trouver des occupations. Ignorant toujours l’identité de son bienfaiteur, ce qu’il sait et croit savoir alimente doublement ses espérances. Son amour pour Estella est toujours aussi fort, et bien qu’il ait conscience de l’absence de la jeune fille à son égard, il espère encore.

Dickens excelle dans la peinture de l’Angleterre du XIXème siècle. La misère, l’hypocrisie, la petitesse d’esprit des pauvres comme des nantis ne lui échappent pas. Lui-même issu d’une famille plus que modeste et ayant connu la misère avant d’accéder à la notoriété et l’aisance, tous les rangs sociaux lui sont familiers. Qu’ils soient principaux ou secondaires, tous les personnages sont fouillés, hauts en couleurs, nuancés. Il n’y a ni bon ni méchants, chaque protagoniste réserve des surprises, soit par son destin, sa psychologie, son comportement. Même le jeune Pip, que nous suivons sur plusieurs années, n’est pas dépourvu de “mauvais” sentiments. Comme lui, au fil de la lecture, nous avons quelques espérances le concernant, et son destin réserve bien des surprises et des rebondissements.

L’humour est aussi omniprésent chez Dickens. Certains personnages brillent par leur grotesque, d’autres par leur dignité sincère, d’autres encore par leur excentricité, ou même leur dualité. Le tout arrosé d’un humour à toute épreuve. La relation entre Pip et Joe est bouleversante, leur attachement réciproque est exemplaire. Les personnages de Dickens sont tous fascinants, les relations entre eux superbement dépeintes. L’aventure est aussi au rendez-vous. Forçats évadés, trahison, jeune orphelin au destin chaotique, une vieille riche proche de la sorcière, une beauté au cœur de glace, tout contribue à faire de ce roman un pur bonheur, un livre DÉVORABLE d’un bout à l’autre, grâce au style jubilatoire de Dickens, de sa parfaite connaissance de l’époque, des milieux sociaux, de la nature humaine. Un régal !!!

Oliver Twist

Auteur : Charles Dickens
1ère édition : 1837
Ma note :

Résumé :
Oliver Twist (1838) est un feuilleton criminel d’une noirceur concentrée. Un angélique orphelin échappe aux sévices que les institutions charitables de l’Angleterre victorienne réservent aux enfants abandonnés pour tomber dans les plus fangeux cloaques des bas-fonds londoniens. L’apprentissage précoce du vice et du crime y est de règle pour échapper à la misère et à la faim. On n’oubliera guère, après les avoir croisés, ni l’abominable Bumble ni le ténébreux Fagin, cette saisissante préfiguration des gibiers de bagne qui hanteront Les Misérables de Victor Hugo. Créations de l’imaginaire ? Ombres portées des terreurs et des cauchemars de l’enfance ? Peut-être. Toujours est-il que les contemporains y virent le reflet de la réalité. “Il n’y a pas tant de différence entre ce noir tableau de l’enfance et le tableau de l’usine par Karl Marx”, remarque d’ailleurs le philosophe Alain. Il faut s’en souvenir à chaque page en découvrant Les Aventures d’Oliver Twist.

Critique :
Tout d’abord je déconseille à quiconque souhaite découvrir Charles Dickens de lire la récente traduction abrégée parue chez Hachette Jeunesse, à l’occasion de la sortie du film de Polanski. Il ne s’agit que d’un résumé ignorant totalement le style de l’écrivain, destiné à un public très jeune. Si vous préférez par contre apprécier le mieux possible le style d’origine, l’édition du texte intégral en LivreDePoche est très satisfaisante (même si on ne comprend pas trop en quoi il est utile de traduire Oliver par Olivier lolll)
L’histoire est classique, poignante, les coïncidences qui vont déterminer le destin d’Oliver sont énormes, à la limite du risible, mais on pardonne facilement à Dickens tant il excèle dans l’art de nous dépeindre l’Angleterre du XIXème siècle, sa misère, sa société, avec une ironie très souvent désopilante. La caricature n’en est pas moins noire et sordide, même si, à mon sens, elle n’égale pas la noirceur des œuvres de Zola. Un classique à lire avec délectation.

Voie sans issue

Auteur : Charles Dickens & Wilkie Collins
1ère édition : 1867
Ma note :

Résumé :
Quand un créateur d’ambiances et de personnages génial – Dickens – croise son talent avec celui d’un formidable inventeur d’intrigues – Wilkie Collins (La Dame en blanc, La Pierre de lune) -, cela donne Voie sans issue. Cette histoire très romanesque d’enfant abandonné retrouvé puis perdu à nouveau s’avère vite un roman d’énigmes “cavalcadant” comme on n’en fait – hélas – plus, et qu’un Dumas, pris aux sortilèges du polar, n’aurait pas désavoué. Émotions, frissons et passions sont au rendez-vous !

Mon avis :
Peut-être pas aussi renversant que le suggère le résumé mais certes inattendu ! Très agréable à lire (quelques heures suffisent) l’intrigue parait faussement simple dès le départ, mais le dénouement nous détrompe et nous prend par surprise. Les débuts du roman à énigmes, l’ancêtre du polar. Dickens et Collins furent des amis très proches durant de longues années. Collins est connu pour être le précurseur du roman de détective et aurait fortement inspiré Sir Arthur Conan Doyle pour les aventures de Sherlock Holmes. Ce livre m’a donné envie de découvrir d’autres romans de Wilkie Collins.