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Publié dans: on juin 7, 2008 at 8:56 Laisser un commentaire

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Publié dans: on at 8:56 Laisser un commentaire

CHANGEMENT

ADRESSE OFFICIELLE ET DÉFINITIVE DU BLOG :

http://classiques.bibliofolie.com

Publié dans: on juin 6, 2008 at 4:44 Laisser un commentaire

Pauline

Auteur : George Sand
Titre original : Pauline
1ère édition : 1839
Ma note :

Quatrième de couverture :


” Pauline était vêtue de brun avec une petite collerette d’un blanc scrupuleux et d’une égalité de plis vraiment monastique. Ses beaux cheveux châtains étaient lissés sur ses tempes avec un soin affecté ; elle se livrait à un ouvrage classique, ennuyeux, odieux à toute organisation pensante : elle faisait de très petits points réguliers avec une aiguille imperceptible sur un morceau de batiste dont elle comptait la trame fil à fil. La vie de la grande moitié des femmes se consume, en France, à cette solennelle occupation. “

Mon avis :

Je ne connais pas vraiment le style de Sand, ni ses romans. Toujours est-il que j’ai découvert le récit court et cruel de la vie médiocre d’une provinciale. Pauline rêve, et Pauline jalouse Laurence, belle actrice, auréolée de gloire et de célébrité. Pauline, c’est nous, ancrés dans nos habitudes, à vouloir à tout prix sentir les lumières et les considérations glisser sur notre peau, avant de hurler secrètement de nos brulures. Ce portrait un peu amer de cette provinciale dévorée de principes, c’est toujours un peu nous quand nous nous disons que nous aussi, si nous avions eu les opportunités, nous aurions réussi. Le texte est écrit simplement, la nouvelle se lit d’une traite, comme ça, dans un après-midi pluvieux. On doute de l’amitié, on plaint Pauline et on la déteste en même temps, tout en se doutant au plus profond de nous que l’on tient plus d’elle que de l’autre, image d’une parfaite réussite et d’une intégrité exemplaire. Traversée par un jeu subtil d’écho et de symétries, cette nouvelle oppose deux portraits de femmes, tout à fait antithétiques, et qui se détruisent l’une l’autre par leur coexistence.Il s’agit d’une histoire de l’échec et des espoirs déçus, une chronique soudaine et douce-amère d’un lien humain qui se fissure, et d’un réel aveuglement. On pourrait cependant reprocher à cette courte nouvelle un certain manichéisme, par cette opposition systématique entre personnage positif et personnage négatif. Reste que le portrait dressé est intéressant, George Sand inaugurant par là les représentations de la province et de son marasme, inventant alors le néologisme de “provincialisme“.

Pour terminer cette courte note – difficile de parler longuement d’une nouvelle de 110 pages -, un extrait de Pauline :
“Le soir, Laurence était partie. Pauline avait pleuré en la voyant monter en voiture, et, cette fois, c’était de regret, car Laurence venait de la faire vivre pendant trente-six heures, et elle pensait avec effroi au lendemain. Elle tomba accablée de fatigue de son lit, et s’endormit brisée, désirant ne plus s’éveiller. Lorsqu’elle s’éveilla, elle jeta un regard de morne épouvante sur ces murailles qui ne gardaient aucune trace du rêve que Laurence y avait évoqué. Elle se leva lentement, s’assit machinalement devant son miroir, et essaya de refaire ses tresses de la veille. Tout à coup, rappelée à la réalité par le chant de son serein, qui s’éveillait dans sa cage, toujours gai, toujours indifférent à la captivité, Pauline se leva, ouvrit la cage, puis la fenêtre, et poussa dehors l’oiseau sédentaire, qui ne voulait pas s’envoler. ‘Ah ! tu n’es pas digne de la liberté ! ‘dit-elle en le voyant revenir vers elle aussitôt
.”

Daisy Miller

Auteur : Henri James
Titre original : Daisy Miller
1ère édition : 1878
Ma note :

Quatrième de couverture :

Daisy Miller est jeune, belle et riche, mais son indépendance et ses manières excentriques d’Américaine choquent la vieille société européenne qui lui ferme ses portes. Toujours accompagnée de Giovanelli, un jeune mondain chasseur de dots, elle compromet sa réputation avec désinvolture. Même Winterbourne, son meilleur ami, ne croit plus à son innocence. Un soir, alors qu’elle contemple le clair de lune au pied du Colisée, elle contracte une maladie mortelle…

Un admirable portrait d’une femme libre dans une société engoncée dans ses préjugés.

Mon avis :

A travers les yeux d’un jeune homme habitué au vieux monde, nous découvrons dans cette nouvelle l’évolution d’une jeune américaine un peu fantasque dans la haute société européenne engoncée dans ses préjugés. Winterburne, ce jeune homme lui aussi d’origine américaine, ne peut s’empêcher d’être attiré par cette demoiselle qui surgit un beau jour dans le parc d’un hôtel suisse. Son regard franc, son rire, son mépris – ou son ignorance – des convenances le fascine, lui qui s’est tant habitué aux codes de la vieille Europe. Presque persuadé de sa propre liberté, il s’imagine mener ce qu’il appelle un “flirt américain“, suivant et accompagnant Daisy Miller en sortie, en tête à tête, malgré le refus de sa tante et protectrice d’être présentée à la nouvelle venue. Sa famille, par ailleurs, semble un peu perdue parmi la société, avec un petit-frère dissipé et incontrôlable et une mère à la fois effacée et confiante en sa fille.

Les deux jeunes gens se retrouvent finalement en Italie, où la demoiselle, faisant fi des convenances, se flanque d’un Italien peu recommandable et court de par le monde, sans prêter attention, semble-t-il, à tous les “on-dit” qui commencent à circuler. Finalement, le sujet n’est pas particulièrement révolutionnaire et Henri James nous conte l’éternel combat entre une jeunesse ingénue et folâtre et une société rigide corsetée dans ses préjugés. Ce qui est le plus intéressant dans cette nouvelle, c’est le glissement qui s’opère lentement dans l’esprit de Winterburne, l’évolution du regard qu’il porte sur cette jeune fille. Lui-même, au début, jouait à n’être pas sage en menant Daisy en visite dans un château Suisse, mais au fur et à mesure de la nouvelle, il doute de plus en plus de son innocence et de sa bonne foi. Si bien qu’il en vient de plus en plus à la mépriser à son tour et à s’éloigner d’elle. On ne nous précise d’ailleurs pas si cela découle d’un soudain amour pour la vertu ou de la déception d’être dédaigné par une aussi séduisante personne … Alors cette jeune fille qui le fascinait tant, par sa prétendue inconduite, finit par lui apparaître comme la dernière des “garces” -le mot est dans le texte.

C’est à ce moment-là que Daisy Miller tombe gravement malade, d’avoir voulu contempler le Colisée sous la lumière d’une pleine lune, en dépit du climat malsain de la nuit romaine. Son suivant-coureur de dot l’y avait suivie, déclarant ensuite, tout naturellement, qu’il avait laissé faire puisque lui-même ne risquait rien. Souffrante, Daisy Miller meurt dans la plus complète solitude, souhaitant par un dernier geste signifier à Winterburne qu’il s’était trompé sur son compte. A son enterrement, le jeune homme apprend qu’il n’existait pas plus innocent que cette folle demoiselle. Il y a finalement quelque chose de poignant dans ce personnage de Daisy Miller qui, maladroitement, se libère des codes sociaux parce qu’ils l’ennuient ou parce qu’elle les ignore, s’attirant par là les foudres de toute la bonne société. Après coup, la jeune fille apparait juste excessivement seule, blessée par les critiques et marques de mépris ouvertement affichées et désireuse de conserver un peu de l’estime de ce premier – et dernier – ami qui lui avait déjà tourné le dos depuis longtemps.

Nous avons là affaire à un portrait, particulièrement bien réalisé. Mais du fait qu’il s’agisse d’un portait, il est difficile de commenter plus longuement le texte et de s’y attacher plus profondément. C’est une nouvelle, une forme courte avec une chute ou une fin précipitée, plaisante, très agréable à lire, bien écrite, mais avec une psychologie des personnages et un traitement du sujet nécessairement plus superficiel, par rapport à un roman. Un bon souvenir de lecture qui cependant ne m’a pas autant marqué que Le tour d’écrou, du même auteur.

Nana

Auteur : Emile Zola
1ère édition : 1880
Ma note :

Quatrième de couverture :
Zola brûlait d’écrire Nana. “Je crois que ce sera bien raide. Je veux tout dire, et il y a des choses bien grosses. Vous serez content de la façon paternelle et bourgeoise dont je vais peindre les bonnes “filles de joie”. En fait de joie, l’actrice, Nana, dévore les hommes, croque les héritages et plonge les familles dans le désespoir. Belle et prodigue, elle mène une danse diabolique dans le Paris du Second Empire, le Paris des lettres, de la finance et du plaisir. En se détruisant elle-même, elle donne le coup de grâce à une société condamnée, détestée par Zola. Neuvième volume de la série des Rougon-Macquart, Nana est le plus enivrant d’érotisme et de passion déchaînée. (édition Le livre de Poche)

Mon avis :
Révélée au Tout-Paris par une fantaisie mythologique du théâtre des Variétés, Nana commence à faire son chemin dans la haute société du second Empire, enflammant les désirs et déchaînant les passions. Après elle, tous les lambeaux pourrissants d’une vieille société qui se meurt. Le personnage de cette jeune femme est représenté dans toute sa richesse, avec ses ambitions et ses emportements, ses calculs et ses contradictions. Fille des bas-fonds, elle semble mue par une véritable rage de destruction une fois parvenue aux plus hauts rangs de l’échelon social. Elle se plaît à casser tout ce qui peut passer entre ses mains blanches, brisant les hommes comme de simples sucriers de porcelaine. Pourtant, Zola ne cesse de l’affubler du qualificatif de “bonne fille” et nous répète souvent qu’elle n’est pas fondamentalement méchante. Nana est finalement comparée à une mouche d’or : “mouche de soleil, enveloppée d’ordure“. C’est clinquant et triste, cette histoire de jeune fille qui, inconsciemment, se jette avec fureur dans ce beau monde auquel elle n’appartient pas et le pourrit, sans même le faire exprès, en criant son innocence.
Par son histoire et celle des personnages alentours – hommes qui la poursuivent et autres filles du milieu, Zola nous donne à voir une décadence en marche, la ruine d’une société dont les pilliers sont depuis longtemps vermoulus. Dans un long flot de descriptions étudiées, de dialogues truculents où la distinction côtoie le vulgaire, l’auteur fait se frôler deux mondes que tout oppose : une vieille élite mourante, figée et dévote face à un peuple de petits artistes et de courtisanes qui s’échelonne du plus bas souillon à la cocotte de luxe. Et finalement, ce que l’on tire de tout cela, c’est que sous les masques court le même relent de pourriture, des plus vils quartiers aux grands hôtels particuliers.

Il y a tout de même quelque chose qui, personnellement, m’a gênée tandis que je suivais la trajectoire – pour le moins chaotique- de Nana : c’est la signification que Zola veut lui donner. En effet, on sent les théories naturalistes arriver de très loin pour expliquer l’énergie destructrice mais inconsciente de cette jeune femme. La théorie du Roman expérimental est élaborée alors que Zola est en pleine écriture de Nana : les deux ouvrages paraissent la même année, en 1880. Aussi sent-on assez fortement une volonté didactique et moralisatrice de la part de l’auteur, non pas dans la trame même du roman, à laquelle on se laisse prendre assez facilement, mais dans l’explication du comportement des protagonistes, plus ou moins explicitement. Dans l’article que Fauchery consacre à Nana, il la compare à une mouche d’or“: “une fille, née de quatre ou cinq générations d’ivrognes, le sang gâté par une longue hérédité de misère et de boisson, qui se transformait chez elle en un détraquement nerveux de son sexe de femme. [...] Avec elle, la pourriture qu’on laissait fermenter dans le peuple, remontait et pourrissait l’aristocratie.Le narrateur ne dit franchement rien mais, quelques chapitres plus loin, la comparaison est reprise, cette fois-ci à son compte.

Il faut faire un tant soit peu attention avec ce type de romans : Zola est un très bon écrivain, et avec lui, tout lecteur peut se laisser prendre au jeu très très facilement : intrigue prenante, rebondissements incessants, dialogues vivants, etc. Cependant, faire de Zola un grand romancier qui nous décrit la société du second Empire est insuffisant voire dangereux : il ne s’agit pas de ne plus se laisser prendre au jeu de la narration, mais juste d’avoir à l’esprit l’idéologie qui peut se cacher derrière les allusions faites par le narrateur et certains de ses personnages. Cela est valable pour toute la série des Rougon-Macquart, sans doute de plus en plus au fil des livres. Il ne faut pas oublier que si Zola choisit d’illustrer la trajectoire d’une famille, c’est non seulement pour montrer la vie au second Empire mais aussi pour illustrer des théories scientistes portant sur l’hérédité. Ici, si Nana est si destructrice pour tout le monde, si inconsciente, c’est parce qu’elle vient d’une famille où a régné l’alcoolisme et qu’elle se venge de tout ça, à son insu. A la limite, les lecteurs modernes que nous sommes pouvons choisir une grille de lecture “psychologisante” pour expliquer cette attitude : ici, l’auteur utilise des prédispositions environnementales et physiques.

Malgré cela, Nana demeure un roman très intéressant, soigneusement documenté et agréable écrit, assez vivant malgré la rigidité du cadre naturaliste. C’est assez fou de voir que l’on peut réaliser de très bons livres en partant de quelque chose de fondamentalement faux et même quelque peu malsain. Cela étant, on peut louer Nana pour son foisonnement romanesque et pour la force des images que l’auteur emploie, pour nous décrire la beauté factice et brillante des apparences comme la pourriture des corps et de la société de 1870.