Les liaisons dangereuses

liaisonsdangereusesAuteur : Choderlos de Laclos
1ère édition : 1782
coupdecoeur

Résumé : La Marquise de Merteuil et le Vicomte de Valmont se jouent du puritanisme de leurs contemporains. Ils se racontent par lettres toutes les occasions de débauches (d’eux-même et des autres) qu’ils vivent.
Leur complicité cache une profonde rivalité qu’un pari va mettre à jour : en cherchant à entraîner deux jeunes amants inexpérimentés dans leur univers licencieux, ils vont accélérer leur propre déchéance.

Critique : Ce livre de Choderlos de Laclos est devenu un grand nom de la littéraire française et a eu une postérité très riche : influences diverses, adaptations filmées, pièces de théâtre, … Etrange destin que celui de cette œuvre littéraire, considérée comme le chef d’œuvre de son auteur en dépit de ses autres écrits qui, eux, n’ont pas du tout marqué l’histoire littéraire.

J’avais découvert Les liaisons dangereuses – et par la même occasion l’adaptation filmée de Stephen Frears, que je vous recommande – en classe de première, lors de l’étude du genre épistolaire. Le livre m’avait plu, mais j’y avais trouvé certaines lourdeurs, certaines longueurs. C’est un avis que je réfute aujourd’hui, à présent que cette deuxième lecture est achevée. Ce roman m’est apparu dans toute sa richesse avec sa diversité d’écritures, sa structure complexe, ses personnages charismatiques. Ce qui m’a particulièrement impressionnée chez Laclos est l’écriture : chaque personnage écrit à sa façon, et chaque écriture reflète le personnage. La marquise de Merteuil garde tout au long du roman son style froid et cynique, dans des lettres émaillées de phrases assassines et de pointes habilement formulées, et cela même quand elle prend de l’humour tandis que Valmont, plus impulsif et orgueilleux, est bien plus prompt à s’échauffer. Cécile a une écriture proprement enfantine particulièrement agaçante, reflet de son ingénuité. La présidente de Tourvel enfin, personnage qui semble tout droit sorti d’un livre de Rousseau, a un style humble et plus passionné.

Ce livre, bien que datant du XVIIIème siècle, demeure tout à fait actuel : encore aujourd’hui, il garde un certain parfum de scandale, que ce soit dans la manipulation d’innocentes créatures par des libertins, ou par l’exemple d’émancipation féminine que représente le personnage de la Marquise. On me dira ce qu’on voudra mais je continue à croire que même aujourd’hui, ce roman va très loin, dans le libertinage comme dans la perversité. Et, dans cette société où l’on se prétend de plus en plus libre et détaché d’une morale austère, beaucoup n’accepteraient pas les principes mis en avant par les personnages.

Le constat des Liaisons dangereuses semble finalement très pessimiste. Les “méchants” sont punis par la mort, le déshonneur, mais qu’en est-il des “victimes” ? Fuite, entrée en religion, agonies, les innocentes créatures se retrouvent toutes perdues d’avoir seulement approché les deux “monstres”. Morale a priori sévère et pourtant ambigüe : le constat des vices et des dangers du monde ne peut se faire qu’après coup, et la raison ne sert ici qu’aux regrets. La lecture de ce recueil de lettres est absolument jouissive tandis que l’on suit les échanges entre la Merteuil et Valmont ainsi que leurs conquêtes, leurs stratégies, leurs réciproques provocations. Les personnages qui se sont perdus perdent peu à peu la parole à leur tour et les scripteurs qui offrent leurs mots pour clore ce roman sont d’une autre nature : place est laissée aux discours moraux et aux lamentations des personnages directement liés aux victimes.

Libertinage, scènes où plane un certain érotisme, jeux de pouvoirs, manipulations, ce recueil, quelque peu sulfureux mais jamais vulgaire, est une œuvre subtile et riche ; l’ordre même des lettres semble avoir été réfléchi, mettant en valeur les disparités de ton et de style entre les personnages. Il joue également avec les points de vue et nous présente, comme par jeu, le même évènement vécu et/ou analysé par plusieurs personnes, créant une connivence avec le lecteur. Ainsi, ce livre représente pour moi un véritable coup de cœur et garde une place de choix parmi mes œuvres favorites.